Le soutien-gorge

Histoire 
 
Femme portant un strophium, villa romaine du Cesale à Piazza Armerina (Sicile)
MastodetonDepuis l'Antiquité, les femmes utilisent différents dispositifs pour soutenir leur poitrine: apodesme ou strophium, mastodeton, sangles, mamillare, brassières, bandeaux, corsets et corselets.

Antiquité

Sous le traditionnel chiton, la femme de la Grèce hellénistique (-400 à -100) porte une tunique en lin recouvrant plusieurs systèmes composés de bandelettes pour contrôler la morphologie féminine. Pour gommer la féminité en aplatissant la poitrine et les hanches, elle porte l’apodesme, un bandage formant une ceinture sous la poitrine pour la maintenir. Il se porte indifféremment sur le chiton ou directement au contact de la peau. Pour dissimuler les hanches et le ventre, elle utilise le zona, une bande abdominale. Les jeunes filles portent le mastodeton, un mince ruban ceignant la poitrine pour empêcher le développement du sein. La silhouette de la femme grecque est volontairement androgyne et témoigne du mépris des hommes de l'époque envers les femmes. Certains médecins iront jusqu'à proposer des traitements pour empêcher le développement du buste.

La femme romaine porte habituellement une tunique ou une stola et, en dessous, les mêmes dispositifs que la femme grecque. Les hanches sont effacées par un zona, la poitrine des jeunes filles bandée à l'aide d'un taenia ou d'un fascia, équivalent romain du mastodeton. Les bustes plus volumineux sont écrasés par un mamilliare en cuir. Le dispositif le plus répandu est le strophium, un bandage similaire à l’apodesme grec. Certains dessous de l'époque, dont la représentation la plus connue est celle de la villa romaine du Cesale à Piazza Armerina en Sicile, ressemblent étrangement au bikini ou aux culottes et soutien-gorges actuels[1].

Invention du soutien-gorge 
 
Corset Bien-être

Wonderbra vers 1975 L'origine du soutien-gorge dans son acception « moderne » reste discutée. Parfois appelé « gorgerette » ou « maintien-gorge », le terme « soutien-gorge » apparaît en 1904 dans le dictionnaire Larousse et en 1912, sous le nom de « brassiere », dans l'Oxford English Dictionary. Son diminutif, « bra », ne sera pas utilisé dans les pays anglophones avant 1937.

Un premier prototype de soutien-gorge est breveté en 1859 à New York par Henry S. Lesher. Cet ancêtre du soutien-gorge présentait des défauts de conception qui le rendait inconfortable.

Corset Bien-être (détail du brevet)En 1889, Herminie Cadolle présente lors de l'exposition universelle de Paris le premier soutien-gorge moderne sous le nom de Bien-être. Il s'agit d'un corset coupé en deux sous la poitrine, plus confortable pour les femmes. Cependant, ce modèle est encore lié à un corset et présente des problèmes de maintien. Commercialisé en France, il fut peu remarqué.

En mars 1893, aux États-Unis, Marie Tucek dépose le brevet d'un dispositif nommé Breast supporter composé d'une « poche » pour chaque sein et d'un système de bretelles maintenues à l'aide d'œillets et d'agrafes. Ce modèle ressemble beaucoup au soutien-gorge à balconnet moderne. Porté par quelques amies de Marie Tucek, ce sous-vêtement fut également un échec commercial.

En 1913, Mary Phelps Jacob crée un soutien-gorge séparant les deux seins. Elle revend le brevet en 1914, à la société Warner Brothers Corset Company domiciliée à Bridgeport dans le Connecticut. Au même moment, Rosalind Kind invente un soutien-gorge composé de deux triangles croisés devant et dans le dos.

Le soutien-gorge a progressivement remplacé le corset au tournant des XIXe et XXe siècles sous la pression des idées féministes et hygiénistes. Déjà en 1762, Jean-Jacques Rousseau, dans Émile ou de l'éducation, condamne « l'usage de ces corps de baleine » qui coupent la femme en deux « comme une guêpe ». Le soutien-gorge ne connaîtra pourtant un véritable essor qu'à la fin des années 1920. En effet, à la silhouette en « S » qui pousse la poitrine vers l'avant, les hanches et les fesses vers l'arrière, en vogue dans les années 1880-1905, succède une ligne plus fonctionnelle, adaptée aux besoins de l'époque, distillée pas les couturiers Paul Poiret, Madeleine Vionnet ou Nicole Groult. La silhouette revêt alors des formes proches de celles de l'Empire avec une taille haute, une poitrine effacée et des hanches étroites[1]. Amplifiée par la Première Guerre mondiale et les « garçonnes » des « années folles », la mode est alors aux petites poitrines, ce qui retarde son adoption au profit des gaines et des corsets « souples ».

Les premiers soutiens-gorge étaient en lin avant d'être fabriqués, à partir des années 1920, en soie, mousseline ou en batiste.

Dans les années 1930 apparaît la rayonne qui permet d'ouvrir la voie vers les soutien-gorge actuels, même s'ils restent onéreux et peu adaptés aux différentes morphologies féminines.

La première véritable évolution est attribuée aux trois frères de la société Warner (États-Unis) qui mirent au point un tissu extensible, mais surtout qui affinèrent les tailles de bonnets en proposant des tailles allant de A à D et qui remplacèrent les bretelles en tissu par des bretelles élastiques.

D'autres innovations suivront comme le Very secret après la Seconde Guerre mondiale en nylon et muni de coussinets gonflables. En 1943, Howard Hugues crée un modèle de soutien-gorge à armatures renforcées qui rend les seins pointus pour les besoins du film The Outlaw dans lequel apparaît Jane Russell. En 1956, Lejaby présente le soutien-gorge pigeonnant. Puis, dans les années 1960, Playtex crée Cœur croisé, le premier soutien-gorge à armatures non métalliques.

La révolution sexuelle des années 1970 marque un autre tournant, brûlé en place publique, le soutien-gorge doit être fonctionnel, confortable et éloigné de toute connotation sexy.

Bénéficiant des avancées technologiques en termes de fibres textiles, le soutien-gorge actuel allie généralement fonctionnalité et séduction.

Certaines femmes refusent l'usage du soutien-gorge, le jugeant inconfortable et inutile à empêcher la chute des seins.

Types de soutien-gorge

Au fil du temps, différents modèles de soutien-gorge apparurent pour des raisons pratiques ou des raisons de confort:

Le soutien-gorge d'allaitement, qui possède des bonnets amovibles pour permettre l'allaitement des nourrissons.
Le soutien-gorge pigeonnant, également dit à balconnet, conçu pour avantager le décolleté. Il fit fureur dans la première moitié des années 1960.
Le soutien-gorge redresse-seins dont les bonnets ne couvrent que partiellement les seins.
Le soutien-gorge bandeau qui a la forme d'un bandeau, ne disposant pas de bretelles. Il permet de dégager les épaules.
Le soutien-gorge push-up largement répandu grâce à la publicité faite par la marque Wonderbra. Des coussinets amovibles, situés dans les bonnets, permettent de relever les seins.
Le soutien-gorge dont les bonnets sont ouverts de façon à dégager les tétons. Ce soutien-gorge est souvent assorti à un slip également ouvert.
Le soutien-gorge à maintien renforcé, limitant les mouvements des seins. Il permet de faire du sport.
Le soutien-gorge rembourré, destiné principalement à celles qui ont de petits seins. Il permet de donner l'impression d'avoir une taille de plus au niveau des bonnets.
Des modèles attrayants et conçus pour un public averti sont aussi disponibles dans tout un éventail de matériaux, de coloris et de configurations.

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